
Fondatrice de Boost Your B, consultante et formatrice

Spa Manager en reconversion
Diriger les autres sans s’oublier soi-même :
le défi silencieux des Spa Managers
Si le secteur du Spa avance vers davantage d’équilibre et d’écoute, certaines réalités du terrain restent encore difficiles. Nous avons souhaité mettre en lumière cette nuance à travers le parcours d’Éléonora, partagé avec Clarisse Trouiller-Gerfaux dans un échange d’une grande sincérité, et qui en offre une illustration particulièrement forte. Nous sommes convaincues que son témoignage résonnera auprès de nombreux professionnels du Spa et qu’il pourra, nous l’espérons, servir de levier pour faire évoluer un métier qui mérite d’être mieux compris, mieux soutenu et mieux accompagné.
Combien de temps t’a-t-il fallu pour passer du poste de praticienne à celui de Spa Manager ?
Eleonora Durand Sacco : En trois ans, je suis devenue Spa Manager : deux ans au Club Med, puis deux ans directrice dans un Spa haut de gamme à Lyon.
À quel moment as-tu commencé à ressentir que ce poste ne te convenait plus ?
E.D.C. : Honnêtement, les six premiers mois de mon poste de directrice à Lyon ont été très difficiles. J’avais envie de démissionner presque chaque semaine ! Au Club Med, j’étais très soutenue sur les volets RH et business. Ici, je devais tout gérer seule, en plus d’une équipe avec laquelle la relation n’était pas simple. Contrairement au Club Med, les praticiennes ne vivaient pas sur place, elles avaient leur vie, leurs loisirs. Elles étaient naturellement moins impliquées que moi, et au début, je ne comprenais pas cette différence. J’avais parfois le sentiment qu’elles se sentaient plus en droit qu’en devoir. J’ai dû m’adapter, apprendre sur le tas, les comprendre et trouver un mode de fonctionnement commun. Heureusement, mon point fort, c’est le management, créer du lien.
Je trouve effectivement que la chose la plus difficile, c’est la gestion d’équipe. Est-ce que c’est ça qui t’a fait quitter ce poste ?
E.D.C. : Oui et non. Je trouve que ce secteur d’activité n’est vraiment pas facile, car on doit gérer des êtres humains qui s’occupent d’autres êtres humains. Émotionnellement, on est mis à rude épreuve. Mais il y avait aussi le fait que mon conjoint et moi avions le projet de fonder une famille, donc j’ai dû faire un choix et prendre un travail plus compatible.

Il est vrai qu’en tant que Spa manager, on est vite confronté à ce « fameux choix » : la carrière ou la famille. J’ai dû le faire aussi. Ce métier te manque-t-il aujourd’hui ?
E.D.C. : Oui, ça me manque énormément. Quand on choisit cette voie, c’est avant tout un métier de passion. Si c’était à refaire, je serais plus exigeante sur les conditions car au regard de toute l’énergie, de l’implication et des responsabilités que cela demande – envers l’équipe, les infrastructures, l’hygiène, la réglementation – la reconnaissance, notamment financière, n’est pas toujours à la hauteur.
Le salaire reste un sujet important. Même si la prise de conscience progresse, il est encore difficile de trouver des rémunérations à la hauteur de ce que représente ce métier. Penses-tu qu’il y aurait davantage de Spa managers expérimentées sur le terrain si elles n’étaient pas contraintes de choisir entre leur carrière et leur vie de famille ?
E.D.C. : Pour ma part, je suis convaincue que c’est compatible. Tout dépend surtout de la personne qui se trouve au-dessus de toi. Si tu es compétente, que tu disposes d’une équipe complète et que ta direction adopte un état d’esprit « à l’américaine », c’est-à-dire : « tant que les résultats sont là, tu t’organises comme tu veux », il n’y a aucune raison que cela ne fonctionne pas. Si les Spa managers pouvaient à la fois être performantes et présentes pour leur famille, il y aurait peut-être moins de turn-over et davantage de profils expérimentés resteraient durablement en poste.
Aujourd’hui, tu n’es plus du tout en lien avec ce secteur. Peux-tu me dire quel est ton travail et en quoi avoir été Spa manager a été un atout dans ta reconversion ?
E.D.C. : Aujourd’hui, je suis secrétaire médicale, après être également passée par la banque et la vente de produits de coiffure. Honnêtement, je n’utilise plus vraiment mes compétences de manager et de gestionnaire dans mon métier actuel. En revanche, mon expérience de Spa Manager m’a donné une vraie assurance : je sais que je suis capable de tout ! Si demain on me confiait la gestion d’un établissement, je n’aurais aucun doute sur mes compétences ni sur ma capacité à fédérer une équipe.