L’EXPÉRIENCE DU CHAUD/FROID : UNE QUESTION D’ARCHITECTURE ?
Le chaud et le froid : un même duo et une infinité d’interprétations. En jouant sur les volumes, la lumière et les matières, les architectes transforment ces installations techniques en véritables expériences. Leur orchestration des circulations, des transitions, du rythme du parcours ou des rapports entre l’intérieur et l’extérieur façonne autant la perception de l’espace que l’émotion produite. C’est dans cette continuité que se révèle toute la force du storytelling : une intention fondatrice qui donne du sens au lieu et soutient sa cohérence atmosphérique et identitaire. À travers cette série d’exemples, on voit comment les mêmes « ingrédients », la chaleur et le froid, deviennent des univers distincts selon la manière dont le design les met en scène et construit le récit qui les accompagne.

Dans Les Cotswolds en Angleterre, Eynsham Baths révèle d’emblée la puissance du monumental. Inspiré par l’Antiquité, mais résolument contemporain, l’espace imaginé par Roman and Williams déploie plus de 3 000 m² de pierre crème lisse, de colonnes néoclassiques et de volumes baignés de lumière naturelle. Le studio a abordé ce projet avec un regard presque monastique, puisant son inspiration dans les références d’Inigo Jones, les thermes romains du 1er siècle et les marbres peints par Alma-Tadema. Entre tepidarium, caldarium et bassins froids, le parcours hydrothermal prend la forme d’un rituel céleste.

À New York, Othership en propose l’exact contrepoint. Le design de Futurestudio privilégie les matières sombres, les lumières profondes et une palette terreuse pour créer un univers vibrant et rythmé, conçu comme un sanctuaire collectif. Après la séquence de sauna-bain froid, on se retrouve autour d’un foyer central, sous un anneau lumineux évoquant le lever du jour ou le clair de lune.
Ici, le chaud et le froid prennent la forme d’un moment partagé, une expérience émotionnelle et collective façonnée par l’atmosphère et la chorégraphie du lieu.

Quelques rues plus loin, Lore explore une direction tout à fait différente. Conçu avec Studioilse et réalisé par Ringo Studio, le lieu déploie travertin, stuc à la chaux, briques et bois d’aulne comme une galerie sensorielle composant une séquence intérieure. Les saunas enveloppants jouent sur des tonalités chocolat et des lignes douces, tandis que le long bassin froid, au décor minéral clair, est réhaussé de seuils rouge saturé qui créent des transitions fortes entre les zones, comme un passage narratif entre deux états.

À Obernai en Alsace, le Yonaguni Spa explore une autre voie encore : celle d’un parcours porté par l’imaginaire de Maxime Wucher, inspiré par les mégalithes sous-marins de Yonaguni, une structure mystérieuse à 30 mètres de profondeur dans l’archipel des Ryükyü. Conçu par le cabinet Constans et Siegrist et réalisé par Hydro Concept, le Spa se présente comme un véritable dédale de couloirs d’eau, de bassins intérieurs et extérieurs et d’animations aquatiques. Le chaud et le froid y deviennent une traversée où chaque espace raconte un fragment de légende et chaque transition ouvre un nouveau chapitre. Ici, l’hydrothermal se fait récit, porté par la multiplicité des séquences.

Et puis, il y a Vals. Conçu il y a plus de vingt-cinq ans, le 7132 Therme de Peter Zumthor demeure l’un des plus grands manifestes de l’architecture sensorielle. Ici, la chaleur et le froid ne sont jamais exhibés, ils sont absorbés par la masse des dalles de quartzite de Vals et la pénombre contrôlée. Ce lieu rappelle que lorsque les installations hydrothermales sont mises en espace avec une intention architecturale forte, l’histoire qu’elles racontent ne vieillit pas, car elle touche à l’essentiel.