
REGARDS CROISÉS
Ce que les décideurs français sous-estiment encore
Tout au long de ce LAB EXPERTS, nous avons posé la même question à nos intervenants : « Quel est, selon vous, le changement que les décideurs français sous-estiment encore aujourd’hui ? » Investisseurs, entrepreneurs, opérateurs et experts du Wellness ne l’observent pas depuis le même angle. Pourtant, leurs réponses font émerger plusieurs convictions communes : le client attend désormais des résultats, le Wellness doit dépasser les murs du Spa, la relation doit s’inscrire dans la durée et sa performance se penser comme celle d’un véritable modèle économique. Nous avons choisi de leur laisser le dernier mot…
Nicole ORAVEC
Spécialiste sport & longévité, Wellness Consulting
La concurrence ne se limite plus aux autres Spas, elle englobe désormais les cliniques de longévité, les centres de récupération et les clubs de santé premium. Dans ce nouvel environnement, la valeur réside dans la qualité de l’évaluation initiale, l’expertise des équipes, la personnalisation des parcours et la continuité du suivi. La performance se mesurera de plus en plus à la fidélité, à l’engagement et aux résultats obtenus. Les établissements qui réussiront seront ceux qui passeront d’une logique de vente à une logique d’accompagnement durable, faisant du Spa une véritable plateforme de relation avec leurs clients.
Pascal Languillon
Fondateur de Luxe Wellness Club
Le changement le plus important est, selon moi, que le client n’achète plus seulement une expérience Wellness : il recherche un résultat. Lorsque je discute avec nos clients, très peu me parlent désormais d’un massage ou d’un joli Spa. Ils veulent retrouver de l’énergie, mieux dormir, perdre du poids, ralentir les effets du vieillissement, mieux gérer leur stress ou prévenir certaines pathologies. Leur attente est beaucoup plus concrète qu’il y a seulement cinq ou dix ans. Le Wellness n’est plus un équipement : c’est une stratégie globale qui doit irriguer toute l’expérience client. Les décideurs sous-estiment également l’importance du suivi après le séjour. Les établissements qui réussiront demain seront ceux qui accompagneront leurs clients avant leur arrivée, pendant leur séjour et plusieurs mois après leur départ. Cette continuité créera des communautés de clients fidèles, des revenus récurrents et renforcera la valeur des établissements. À mes yeux, le Wellness est en train de vivre la même révolution que l’hôtellerie de luxe il y a une vingtaine d’années, nous passons d’une logique d’équipements à une logique d’expérience, puis désormais à une logique de transformation durable.

Arnaud Zannier
Fondateur de Zannier Hotels
Certains décideurs sont déjà très à l’écoute et réagissent rapidement aux nouvelles tendances de marché ; d’autres prendront conscience plus tard de l’importance croissante du Wellbeing dans le tourisme. Mais il existe aujourd’hui une véritable prise de conscience, qui dépasse largement le secteur hôtelier. Les pouvoirs publics s’intéressent davantage à ces sujets et, plus largement, notre société évolue. On observe notamment une attention croissante portée à la qualité de l’alimentation, aux produits locaux ou moins industrialisés et, plus généralement, à ce que nous consommons. Cette recherche de produits de meilleure qualité, plus purs, traduit selon moi une évolution beaucoup plus profonde, le bien-être n’est plus réservé à quelques initiés, il tend à devenir une préoccupation largement partagée.
Philippe RUBOD
Fondateur de Swiss Hospitality Global
Ce que les décideurs français sous-estiment encore ce sont les bouleversements démographiques mondiaux et toutes leurs implications. Dans quinze ans, l’Afrique et l’Inde devraient totaliser 3,7 milliards d’habitants, avec un âge médian de 29 ans, contre environ 47 ans en Europe. Réunies, elles pèseront alors plus de cinq fois la population européenne. Ce basculement démographique déplacera progressivement le centre de gravité du Wellness de luxe. Il ne faut pas sous-estimer l’impact d’une clientèle plus jeune, plus digitale, plus familiale et culturellement moins occidentalisée. Le Wellness devra intégrer davantage de traditions locales, de spiritualité, de communauté, de beauté et de performance, et moins seulement la longévité. L’enjeu ne sera plus d’exporter un modèle français, mais de co-créer des expériences adaptées à de nouveaux codes culturels.