
LES ARBITRAGES QUE LES SPAS ET HÔTELS DOIVENT ACCEPTER
Clarisse Trouiller-Gerfaut vient de nous expliquer que l’émergence de la génération « Spa consciente » agit comme un véritable révélateur. Concrètement, quels arbitrages les Spas et les hôtels doivent-ils accepter s’ils veulent rester crédibles et désirables ?
Clarisse TROUILLER GERFAUX
Fondatrice de Boost Your B
Dire moins, mais dire vrai
Premier arbitrage : alléger le discours. Pendant des années, le bien-être a prospéré sur des promesses larges et floues. Aujourd’hui, il est préférable d’en dire moins, mais de dire juste. Oublions les cartes de soins interminables et la multiplication des options pour nous recentrer sur l’essentiel : un client, un praticien, du temps, une compréhension globale de ses besoins et des solutions cohérentes. Un discours plus sobre et plus pédagogique renforce l’expérience et instaure une relation de confiance durable.
Renoncer aux promesses séduisantes pour construire des parcours cohérents
Les résultats spectaculaires sans effort et les transformations rapides font encore rêver, mais ne résistent plus à l’analyse. Les clients d’aujourd’hui ne demandent pas de miracles, mais de la cohérence. Renoncer à ces raccourcis marketing, c’est accepter de perdre un peu d’effet « waouh » immédiat pour gagner en crédibilité sur le long terme. Non, un soin du visage ou une crème ne feront pas rajeunir de dix ans. En revanche, proposer un accompagnement structuré, avec des objectifs réalistes et une vraie dimension préventive, redonne du sens à l’expérience Spa. Cela suppose de simplifier une offre trop vaste, de clarifier la carte de soins et d’intégrer davantage de temps d’échange et de suivi. Ces choix peuvent sembler risqués à court terme, mais ils renforcent la lisibilité et la valeur perçue de l’expérience.

Poser des limites claires entre bien-être, santé et médical
Un autre arbitrage fondamental consiste à clarifier son territoire. Le flou entre bien-être, santé et médical peut sembler attractif, mais il devient rapidement risqué, tant sur le plan juridique qu’éthique. Assumer ce que l’on fait et ce que l’on ne fait pas rend l’offre plus professionnelle. Mettre à disposition un guide clair sur la réglementation, qui explique les actes médicaux ou esthétiques, les technologies et les professionnels habilités, renforce directement la confiance des clients. En France, le Wellness et le médical peuvent coexister, à condition d’être clairement séparés.
Investir dans la formation et la pédagogie
Le décor attire, mais ce sont les équipes qui fidélisent. L’investissement dans la formation ne peut plus se limiter aux protocoles de soins. Former les praticien(ne)s, c’est leur donner de la légitimité, leur permettre d’adopter une posture juste face à des clients informés et leur apprendre à transmettre avec pédagogie. Cette culture du bien-être global peut également être partagée avec les autres équipes de l’hôtel. Elle sera bénéfique pour chacun personnellement et renforcera la cohérence de l’établissement, ainsi que son attractivité en tant que marque employeur.
Le rôle pédagogique du Spa face à la désinformation
Face à des clients très informés, d’autres sont profondément désinformés, influencés par des experts autoproclamés sur les réseaux sociaux. Dans ce contexte, le Spa peut et doit redevenir un espace de repères fiables, capable de remettre du bon sens et de la réalité dans le discours bien-être. C’est aussi une réelle opportunité de revaloriser les métiers du Spa, et nous en avons encore besoin.