« Tout ce qui semble “aller de soi” est en réalité le fruit d’un travail rigoureux et souvent invisible. »

(Suite)

Dans la phase d’avant-projet sommaire, on met de côté la décoration car ce qui compte, ce sont les volumes, la logique fonctionnelle. On commence par le zoning pour comprendre chaque espace. Daniel CARRAS
Dans la phase d’avant-projet sommaire, on met de côté la décoration car ce qui compte, ce sont les volumes, la logique fonctionnelle. On commence par le zoning pour comprendre chaque espace.
Daniel CARRAS

L’ARCHITECTURE DE L’INVISIBLE
Quand le design soutient l’expérience client

L’élégance d’un Spa ne se mesure pas uniquement à l’esthétique de ses matériaux ou de ses volumes. Derrière chaque choix architectural se cache un impact direct, parfois insoupçonné, sur la fluidité du parcours client, la qualité du service ou encore le confort d’usage pour les équipes. À travers les retours de deux architectes spécialisés, cette section explore les « détails invisibles » qui transforment un bel espace en une expérience réellement aboutie.

Daniel CARRAS Consultant architecte
Daniel CARRAS
Consultant architecte

Daniel CARRAS
Consultant architecte
Le respect de l’hygiène et la logique des circulations sont des fondamentaux, tout comme dans la restauration avec la marche en avant. Dès les premières esquisses, nous devons penser à l’ergonomie, entre autres le trajet des thérapeutes car trop souvent ils sont contraints de traverser le vestiaire pour rejoindre les cabines. Cela s’impose parfois dans un espace restreint, mais idéalement un couloir de service doit être prévu, c’est un gain de confort pour tous. Certains éléments techniques sont souvent négligés, notamment la température ambiante et le taux d’humidité. Trop chaud ou trop humide, c’est inconfortable, aussi bien pour les clients que pour les praticiens, le moindre inconfort sensoriel vient perturber l’expérience. La gestion des pentes et le choix des matériaux structurels sont également essentiels, qui n’a jamais vu de flaques stagnantes dans une zone humide ? Un carrelage mal adapté, glissant autour des bassins, devient dangereux donc anxiogène. Et si l’on ajoute du stress dans un lieu censé favoriser le lâcher-prise, on passe complètement à côté de l’objectif et c’est pourquoi chaque détail compte. Une température de 28 °C dans l’air et 32 °C dans l’eau offre une perception idéale, si cet équilibre est rompu, la sensation devient désagréable et l’expérience en pâtit. Dans la phase d’avant-projet sommaire, on met de côté la décoration car ce qui compte, ce sont les volumes, la logique fonctionnelle. On commence par le zoning pour comprendre chaque espace, poser une base technique, à partir de là le design entre en jeu. Vouloir tout traiter en même temps c’est se perdre dans des détails secondaires au détriment de l’essentiel.

Géraldine MAHIEUX Directrice du cabinet d’architecture Blue Factory
Géraldine MAHIEUX
Directrice du cabinet d’architecture Blue Factory

Géraldine MAHIEUX
Directrice du cabinet d’architecture Blue Factory
Dans les Spas comme en boutique, il ne s’agit pas seulement de créer du beau, mais de concevoir des lieux qui soient aussi efficaces pour les équipes. La qualité d’un Spa, quels que soient les choix purement esthétiques et le concept exprimé, repose pour beaucoup sur des détails de conception qui ne sont pas immédiatement perçus et pourtant importants pour la qualité du lieu. Pour exemples, l’acoustique est un facteur clé de perception sensorielle, souvent négligée, elle façonne l’expérience en profondeur car un espace bien insonorisé permet d’oublier l’extérieur, tandis qu’une sonorisation bien pensée renforce le sentiment d’enveloppement. Cela suppose une vraie réflexion sur les matériaux, leur pouvoir absorbant ou réfléchissant. La ventilation des espaces est tout aussi primordiale, l’air doit être à la fois sain, renouvelé, sans courants d’air ni variations de température. C’est une question de confort, mais aussi de santé et de durabilité des équipements. Une solide étude ergonomique, cela peut aller d’un parcours client confortable à la pérennité de la fermeture des portes et des placards ou au choix des sièges selon les besoins de confort ou de travail. Un travail de l’éclairage adapté aux différentes espaces est aussi important et peut demander l’intervention d’un spécialiste. Un éclairage équilibré demande une association de sources lumineuses directes et indirectes qui se complètent, chacune à la bonne température colorielle et également évolutives. Tout ce qui semble « aller de soi » est en réalité le fruit d’un travail rigoureux et souvent invisible !

La ventilation des espaces est primordiale, l’air doit être à la fois sain, renouvelé, sans courants d’air ni variations de température. Géraldine MAHIEUX
La ventilation des espaces est primordiale, l’air doit être à la fois sain, renouvelé, sans courants d’air ni variations de température.
Géraldine MAHIEUX

Caroline DOMANGE-HARDING
Fondatrice d’Octans Paris
La séparation des flux entre pieds mouillés et pieds secs est indispensable. Comme dans l’hôtellerie de luxe où l’on distingue les parcours clients, staff et prestataires, ces logiques s’appliquent aussi au Spa. Il faut éviter qu’un casier s’ouvre face à un client en train de se changer. De même, l’accès à une suite ne doit pas exposer les zones plus intimes pour préserver la discrétion. Dans un restaurant, si la cuisine n’est pas censée être vue, elle ne doit pas apparaître depuis la salle sauf si cela fait partie du concept. Il s’agit toujours de se demander où se porte le regard quand quelqu’un s’assoit ou s’allonge ? Ce principe guide la création d’espaces cohérents. Au Spa, les zones de diagnostic doivent garantir la confidentialité, elles ne devraient pas être à portée d’oreille d’un autre client. Le choix des matériaux, tissus, revêtements, contribue aussi à l’intimité sonore très importante.

La séparation des flux entre pieds mouillés et pieds secs est indispensable. Comme dans l’hôtellerie de luxe où l’on distingue les parcours clients, staff et prestataires, ces logiques s’appliquent aussi au Spa. Caroline DOMANGE-HARDING
La séparation des flux entre pieds mouillés et pieds secs est indispensable. Comme dans l’hôtellerie de luxe où l’on distingue les parcours clients, staff et prestataires, ces logiques s’appliquent aussi au Spa.
Caroline DOMANGE-HARDING

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